Dannie Level 8 - Illu
  Age : 50 Inscrit le : 07 Juin 2006 Messages : 208
| Sujet: Thèse intéressante Mer 2 Jan - 19:55 | |
| Voici une thèse intéressante (pour les ceusses qui s'intéressent à autre chose que les pompes à talon en pointure 45) qui nous vient de Laigle et dont le passage suivant à été relevé par notre ami Curtis Hinckle de l'OII.
2- L’ANDROGYNIE BIOLOGIQUE: LA PEUR DE L’AMBIGUÏTÉ SEXUELLE
Si les mythes ont tendance à faire de l’état d’androgynie primitive une sorte de paradis perdu, un examen plus détaillé montre aisément que cette androgynie est en même temps source de peur et d’angoisse quand elle s’inscrit pour de bon dans la réalité corporelle. Les représentations calquées par de nombreuses cultures sur les hermaphrodites ou les personnes supposées telles sont très révélatrices.
En Islam où la séparation des hommes et des femmes est fortement marquée, l’hermaphrodite pose un problème de statut jugé fondamental. Ni mâle ni femelle, il est condamné à errer dans une espèce de No Man’s Land, à la frontière du groupe des hommes et de celui des femmes. Toute une casuistique a été développée à son sujet afin de savoir quelles règles de vie doivent lui être appliquées, règles qui lui sont propres et qui traduisent l’ambiguï té de son statut sexuel9. Cette crainte face à l’ambivalence sexuelle est tout autant flagrante dans la Chine ancienne. Selon la tradition chinoise, l’homme n’est jamais exclusivement mâle (yang) et la femme jamais exclusivement femelle (yin). Chacun porte en lui un élément plus ou moins accentué de l’autre sexe. L’hermaphrodite, quant à lui, possède une égale charge de yin et de yang, ce qui explique son indifférenciation sexuelle. Un type d’hermaphroditisme particulier est relaté dans un livre du nom de Yixinfang10, celui de femmes “dont le clitoris croît en même temps que la Lune jusqu’au point d’atteindre la taille d’un pénis. Par suite, on croit que la femme mourra pour lors si elle ne s’accouple pas avec une femme. Ayant ainsi forniqué, le clitoris, à mesure que la Lune décroît, décroît lui aussi jusqu’à sa taille ordinaire; et quand cela se sera produit, la femme ne pourra vivre si elle ne s’accouple pas avec un homme. Il y a donc des personnes qui sont en alternance femmes pendant deux semaines et hommes pendant deux semaines”. Les Chinois considéraient ces êtres avec la plus grande méfiance. Ils étaient yao (monstres, êtres contre-nature). On les soupçonnait d’être capables des crimes les plus affreux et d’être très portés sur les plaisirs sexuels, ce qui pouvait entraîner de lourdes sanctions pénales, voire la peine de mort.
Cette peur de l’hermaphroditisme peut conduire certaines cultures à vouloir parachever humainement la différenciation biologique de l’homme et de la femme par une intervention directe sur le corps. Dans les cultures africaines, l’un des rituels de ce genre le plus souvent pratiqué est celui de la circoncision des garçons et, dans une moindre fréquence, de l’excision des filles11. Ces opérations peuvent être pratiquées à des âges très variables, de quelques jours après la naissance (excision malienne) jusqu’à l’adolescence (circoncision des Béti). Cependant, quelque soit la période de vie choisie, la signification profonde de ce rite reste la même: conforter chaque individu dans son sexe propre. En effet, le prépuce de l’homme est fréquemment considéré comme une sorte de vagin (élément femelle) où serait logé le gland (élément mâle); quant au clitoris, certaines sociétés le considèrent comme une réplique du pénis (élément mâle) au sein de la vulve (élément femelle). L’homme non circoncis et la femme non excisée ne sont alors pas vraiment encore homme ou femme mais des êtres mixtes, androgynes, immatures et incapables de ce fait d’entretenir des relations sexuelles fécondes. Une intervention humaine s’avère nécessaire pour finir le travail de différenciation des corps et inscrire définitivement chaque être dans son sexe et dans son genre12.
L’Occident n’échappe pas à cette attitude ambiguë devant l’être hermaphrodite. Élisabeth Badinter évoque notamment le cas du bébé dont on ne parvient pas à déterminer clairement le sexe physique: pas plus les parents que l’équipe médicale ne peuvent longtemps supporter l’incertitude que sauront seuls lever des examens dont la durée s’étend parfois sur plusieurs mois. Au risque de commettre une erreur, il est donc très fréquent que l’on attribue à l’enfant le sexe choisi par les parents13.
Une analyse similaire pourrait être esquissée au sujet de l’appréhension juridique du transsexualisme par la France. Pendant des années la Cour de cassation a systématiquement rejeté les demandes émanant de transsexuels opérés en modification de leur sexe auprès de l’état civil14. Au delà des analyses juridiques formelles (indisponibilité de l’état des personnes, caractère volontaire du changement de sexe, perte de certains caractères sexuels sans qu’il y ait pour autant acquisition de tous les caractères de l’autre sexe…), deux explications complémentaires me semble pouvoir être apportées à cette position particulièrement stricte.
- En premier lieu, il importe de tenir compte de l’importance du débat théorique entre les spécialistes sur le caractère potentiellement psychopathologique du transsexualisme. Certains, à la suite de Stoller15, ne voient dans le transsexualisme qu’un conflit entre l’identité de sexe (biologique) et l’identité de genre (social); dès lors que l’on admet le primat du sexe social sur le sexe biologique, il est légitime de faire droit à la demande des transsexuels. Selon l’approche inverse, le transsexualisme constitue une psychose, la preuve en étant la persistance des troubles psychiques après l’intervention chirurgicale, le succès fréquent des thérapies effectuées sur de jeunes enfants (ce qui leur permet d’accéder à la sexuation), ou encore l’autorité du cas Schreber étudié par Freud16.
- En second lieu, on remarquera qu’une reconnaissance juridique du transsexualisme pourrait s’analyser comme une profonde remise en cause de la différence — jugée ontologique — entre les deux sexes et donner l’impression d’une approbation officielle à la création d’êtres au statut sexuel ambigu. La question du transsexualisme fut finalement tranchée à la suite du dépôt d’une plainte contre la France devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La procédure se solda par une condamnation de la jurisprudence française sur le fondement du droit à la vie privée et par une modification subséquente de la position de la Cour de Cassation17. On peut toute fois noter que, malgré ce revirement, la question cruciale du sexe juridique des transsexuels n’a toujours pas été réglée. En effet, tant la motivation de la CEDH que celle de la Cour de cassation reposent exclusivement sur le droit au respect de la vie privée: la condition retenue pour qu’il y ait possibilité de modifier l’état civil est le recours préalable à un traitement médico-chirurgical conférant à la personne l’apparence de l’autre sexe. Les juridictions ont donc simplement décidé de protéger cette apparence afin d’éviter à la personne de subir les inconvénients quotidiens que l’on devine lorsqu’il y a contradiction entre le sexe officiel et le sexe vécu. De nouveaux problèmes risquent un jour ou l’autre de se profiler à l’horizon qui nécessiteront bien de se prononcer clairement sur la définition que l’on entend donner du sexe. Il n’est que de songer au mariage — droit reconnu à toute personne dans l’ordre juridique national comme international —, lequel présuppose une différence de sexe entre les époux… Quel choix sera juridiquement possible pour un transsexuel: épouser quelqu’un du sexe opposé à son sexe apparent (mariage biologiquement homosexuel mais socialement hétérosexuel) ou épouser quelqu’un du même sexe apparent que lui (mariage biologiquement hétérosexuel mais socialement homosexuel)?
La thèse complète de Mr Courtray se trouve là :
http://semgai.free.fr/doc_et_pdf/Courtray_these.pdf
Bonne lecture _________________ Je suis mon genre à moa mais j'aime celui des autres. |
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emma_stbg Level 14 - Puissances


  Age : 39 Inscrit le : 21 Juin 2006 Messages : 1615 Localisation : SXB/ Karlsruhe/ GB
| Sujet: Re: Thèse intéressante Mer 2 Jan - 23:19 | |
| Thx Dannie – effectivement, c’est intéressant, surtout
| Citation: | | ...la question cruciale du sexe juridique des transsexuels n’a toujours pas été réglée... |
(j'ai oublié mes talons 36 pour la soirée, et mis mes pantoufles troués en 48 ).
Souvent, ces documents sur l'androgynie ont tendance à résumer les personnes en transition en tant que « des êtres humains dont l'apparence ne permet pas de savoir à quel sexe social ils appartiennent », ou autrement dit d'apparence "neutre".
Cependant ce n'est pas toujours le cas - de nombreux autres d'individus (en transition, ou autrement hors cadre binaire) démontrent des caractéristiques sexuels facilement identifiables de partout dans le spectrum social d'identité sexuel (p.ex. voix clairement "masculine" et gros seins...comme par exemple notre ministre de la santé). Malgré cela ils se trouvent rapidement classifiés dans les cases sociaux "femme" ou "homme" sans trop de question - sans doute suite au conditionnement social qui veut nous restreindre à deux cases.
Drôle de monde. |
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claire.a Level 3 - Yoko Tsuno - Benoît Brisefer
  Age : 40 Inscrit le : 21 Sep 2007 Messages : 38 Localisation : A l'extrème sud du nord
| Sujet: Re: Thèse intéressante Jeu 3 Jan - 19:47 | |
| Merci Dannie,
Je me suis arretée au début des explications juridiques.
C'est un concentrée de féminisme démonstratif qi remonte le moral.
Mais euh ...Alors qu'il explique brillement pourquoi les femmes sont dominées, domestiquées, utilisées, l'hommosexualité féminine ne doit représenter que 5% de ses réflexions.
Parce que c'est un homme qui a écrit Nan j'y crois pas
Bises, bonne année pour toutes et tous.
Clairette de Dièze |
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Louise Administratrice

  Age : 58 Inscrit le : 11 Mai 2006 Messages : 4183 Localisation : Dijon et/ou Besançon
| Sujet: Toujours dans les thèses... Mar 12 Fév - 12:30 | |
| http://www.caritig.org/recherches/publications/mingot.pdf.
On y trouve des tas de choses... c'est assez fourre-tout, mais c'est toujours intéressant de savoir ce que les gens écrivent sur nous... Bises Louise _________________ Dis toi d'abord QUI tu veux être Puis fais en conséquence ce que tu dois faire ! (Epictète, philosophe grec stoïcien du 1er siècle) C'est fait ! Pour le reste: http://pagesperso-orange.fr/louise.olivier (mise à jour le 5/7/2008) |
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