Cette recherche de l'Inserm avait pour but de déterminer quels effets secondaires par rapport aux types de produits utilisés (oestrogène et progestérone) dans le ths des femmes ménopausées. Cet article date de 2007 mais n'est plus disponible sur le site de l'Inserm.
Traitement hormonal de la ménopause : le rôle du progestatif mis
en évidence pour la première fois Après plusieurs années de débat sur le bénéfice des traitements hormonaux de la
ménopause, la phase finale de l’étude française ESTHER (EStrogen and
THromboEmbolism Risk Study) menée par Pierre-Yves Scarabin et son équipe de
l’unité Inserm « Recherche en épidémiologie et biostatistique » sur plus de 1000
femmes ménopausées confirme l’innocuité des oestrogènes transdermiques et
montre pour la première fois que le risque de thrombose veineuse (caillot dans un
vaisseau sanguin) est également lié au type de progestatif utilisé. Ces nouveaux
résultats publiés dans Circulation confirment ainsi que les THM (ou THS) ne sont pas
tous égaux. Sachant que deux tiers des événements indésirables graves liés au THS
sont d’origine cardiovasculaire, il faudra désormais prendre en compte le type de
progestatif utilisé lors de toute prescription de traitement hormonal.
Malgré son bénéfice sur les troubles de la ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité,
sécheresse vaginale, risque d’ostéoporose…), plusieurs études ont montré que le traitement
hormonal substitutif de la ménopause (THM), associant oestrogènes et progestatif, exposait
à un risque accru de cancers du sein et de maladies veineuses thromboemboliques
(thromboses veineuses et/ou embolies pulmonaires). Ces résultats largement médiatisés ont
eu pour conséquence une chute importante de l’utilisation des THM ainsi que de
nombreuses mises au point concernant sa sécurité d’emploi. Aujourd’hui seules 20% des
femmes ménopausées sont en France sous THM.
Cependant, les données des grandes études américaines à l’origine de ces mises en garde,
et notamment l’étude WHI publiée en 2002
ne sont pas extrapolables aux femmes en bonne
santé et en début de ménopause, ni aux traitements utilisés en France qui privilégient les
oestrogènes administrés par voie transdermique (patchs ou gel) associés à la progestérone.
En 2003, Pierre-Yves Scarabin (unité Inserm 780) et son équipe publient les premiers
résultats de l’Etude française ESTHER (EStrogen and THromboEmbolism Risk Study) qui
avait pour objectif d’évaluer l’impact du mode d’administration des oestrogènes sur le risque
de maladie veineuse thromboembolique2
. Cette étude de type cas/témoins a été réalisée de
1998 à 2006 sur près de 1000 femmes ménopausées dans 8 centres hospitaliers et dans la
1
Rossouw JE, Anderson GL, Prentice RL, LaCroix AZ, Kooperberg C, Stefanick ML, Jackson RD,
Beresford SA, Howard BV, Johnson KC, Kotchen JM and Ockene J. Risks and benefits of estrogen
plus progestin in healthy postmenopausal women: principal results From the Women's Health
Initiative randomized controlled trial. Jama 2002; 288: 321-33.
2
Lancet 2003 Lire le communiqué de presse Inserm :
http://www.inserm.fr/fr/presse/CP_scientifiques/2003/att00000416/6aot2003.pdf population générale française. Les chercheurs montrent pour la première fois en 2003 que
les oestrogènes transdermiques, contrairement aux oestrogènes oraux, n’augmentent pas le
risque de thrombose.
Aujourd’hui, l’analyse finale d’ESTHER qui porte sur 271 cas et 610 témoins confirme
l’innocuité des oestrogènes transdermiques et montre pour la première fois l’importance du
progestatif dans la détermination du risque thrombotique. Ainsi, la progestérone naturelle
micronisée, ses dérivés (dydrogestérone) et les progestatifs de type pregnane (notamment
acétate de chlormadinone et médrogestone) n’ont pas d’influence sur le risque de
thrombose, alors que les dérivés norpregnanes (promegestone et acétate de nomégestrol)
multiplient par 3 ce risque. En conclusion, les oestrogènes administrés par voie
transdermique, seuls ou associés à la progestérone micronisée ou à des dérivés pregnanes
constitueraient les traitements les plus sûrs vis-à-vis du risque thrombotique.
Ce nouveau résultat vient renforcer l’idée que les THM ne sont pas tous « égaux » face au
risque cardiovasculaire. Après des années de débat sur l’effet du mode d’administration des
estrogènes, le type de progestatif associé est un nouvel élément à prendre en considération.
En France, près de 70% des oestrogènes sont prescrits par voie transdermique et la
progestérone micronisée est le plus souvent utilisée. Etant donné que deux tiers des
événements graves liés au THM sont d’origine cardiovasculaire, ces résultats capitaux
ouvrent d’importantes perspectives concernant la sécurité d’emploi des THM et la prévention
des thromboses chez les femmes.
Source
"Hormone therapy and venous thromboembolism among postmenopausal women :
impact of the route of estrogen administration and progestogens. The ESTHER Study"
Canonico M1,2
, Oger E1,2,3
, Plu-Bureau G1,4
, Conard J4
, Meyer G5
, Levesque H7
, Trillot N, Barrellier M8
,
Wahl D9
, Emmerich J
10
and Scarabin P. Y
1
on behalf of the EStrogen and THromboEmbolism Risk
(ESTHER) Study Group.
1Unité Inserm 780, Epidémiologie Cardiovasculaire,16 avenue Paul Vaillant Couturier, 94807 Villejuif
Cedex, France
2Université Paris-Sud 11, IFR 69, 94807 Villejuif Cedex, France
3 Département de Médecine Interne, GETBO, EA 3878, Hôpital de la Cavale Blanche, Boulevard
Tanguy Pringent, 29609 Brest Cedex, France
4 Université Paris 5 René Descartes, Service d’Hématologie Biologique, Hôpital Hôtel-Dieu, Place du
Parvis de Notre-Dame, 75181 Paris Cedex 04, France
5 Université Paris-Descartes, Faculté de Médecine ; Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Hôpital
Européen Georges Pompidou, Paris, France
6 Département de Médecine Interne, CHU Rouen, 1 rue de Germont, 76031 Rouen Cedex, France
7 Institut d’Hématologie-Transfusion, CHUR, boulevard du Président Leclerc, 59037 Lille Cedex,
France
8 Service d’Explorations Fonctionnelles, CHU Côte de Nacre, 14033 Caen Cedex, France
9 Unité de Médecine Interne Thrombose Maladies Vasculaires, CHU Nancy, Hôpital de Brabois, 4511
Vandoeuvre-Les-Nancy Cedex et Unité Inserm 734, Faculté de Médecine de Nancy-Université Henri
Poincaré, 9 avenue de la forêt de Haye, BP 184, 54505 Vandoeuvre-Les-Nancy, France
10 Université Paris Descartes, Unité Inserm 428 et Service de Médecine Vasculaire-HTA, Hôpital
Européen Georges Pompidou, 20 rue Leblanc, 75015 Paris, France
Circulation, 20 février 2007
http://circ.ahajournals.org/cgi/content/abstract/115/7/840 Contacts chercheurs
Pierre-Yves Scarabin
Unité Inserm 780
« Recherche en épidémiologie et
biostatistique »
Tél : 01 45 59 51 12
scarabin@vjf.inserm.fr Marianne Canonico
Unité Inserm 780
« Recherche en épidémiologie et
biostatistique »
Tél. 01 45 59 51 66
canonico@vjf.inserm.fr Pour en savoir plus
Retour sur l’histoire du traitement hormonal de la ménopause
Le traitement hormonal ou substitutif de la ménopause (THM) apparaît aux USA dans les
années 50 pour traiter les bouffées de chaleur et d’autres troubles liés à la carence en
oestrogènes. Une large promotion est faite à ce traitement et l’on compte même beaucoup sur
les effets cardio-protecteurs des estrogènes. Très vite, le THM devient l’un des traitements les
plus utilisés, mais paradoxalement peu évalué.
Dans les années 70, l’utilisation du THM ne cesse d’augmenter et près d’une femme
ménopausée sur deux reçoit ce type de traitement à la fin du siècle dernier. Pourtant, les
grands essais de prévention menés aux USA (HERS, WHI,..) ne permettent pas de confirmer
l’effet cardioprotecteur des oestrogènes. De plus ces études montrent un rapport
risque/bénéfice défavorable chez les femmes utilisant un THM (augmentation du risque de
cancer du sein, de maladies veineuses thromboemboliques et d’accidents vasculaires
cérébraux). Ces résultats largement médiatisés ont pour conséquence une chute importante
de l’utilisation d’un THM ainsi que de nombreuses mises au point concernant sa sécurité
d’emploi. Cependant, les données des grandes études américaines portent sur des estrogènes
conjugués équins administrés par voie orale, seuls ou associé à l’acétate de
médroxyprogestérone. De plus, ces évaluations ont été faites chez des femmes âgées (63 ans
en moyenne) présentant d’importants facteurs de risque cardiovasculaires. Les résultats ne
sont donc pas directement extrapolables aux femmes en bonne santé et en début de
ménopause ni aux traitements utilisés en France, qui privilégient les estrogènes administrés
par voie transdermique ainsi que la progestérone.
Peu de données étaient disponibles sur le risque de thromboses lié aux oestrogènes
transdermiques (gel ou patch) et l’effet des progestatifs sur ce risque n’avait jamais été étudié.
Ce « vide » scientifique est maintenant comblé par l’étude épidémiologique française ESTHER.
Cette étude de type cas/témoins a été réalisée de 1998 à 2006 sur près de 1000 femmes
ménopausées dans 8 centres hospitaliers et dans la population générale française. Les
chercheurs ont inclus toutes les femmes ménopausées de 45 à 70 ans hospitalisées pour une
embolie pulmonaire ou venues en consultation pour une thrombose. Un groupe de femmes de
même âge, hospitalisées pour une autre maladie ou tirées au sort sur les listes électorales
servait de témoins. La méthodologie utilisée dans l’étude ESTHER a permis de s’affranchir des
facteurs traditionnels de risque cardiovasculaire (âge, obésité, hypertension, diabète, …) afin
de comparer au mieux les différentes formes de THM.
LIEN VERS CET ARTICLEhttp://www.inserm.fr/fr/questionsdesante/dossiers/vieillissement/att00004965/ip_scarabin_210207.pdf8)